La biodiversité et le fichage du vivant

28 octobre 2008  |  Publié dans Actions, Actualité  |  4 Commentaires   | 640 vues pour cet article

Hier soir, nous avons assisté à une réunion publique dans le cadre de la manifestation « Semons la Biodiversité ». Une réunion riche en informations, animée par des intervenants d’horizons divers et complémentaires (des paysans, des scientifiques, des critiques …).

Je suis arrivée en cours de journée, j’ai donc loupé une bonne partie des festivités, mais j’étais là pour le super buffet bio et laissez moi vous dire que le pain, le fromage et le vin sans OGM, c’est vraiment bon. Passé ces considérations culinaires, que s’est-il passé ce soir là ?

« Nous sommes ce que nous semons »

Tout d’abord, M. Jaques Testart, biologiste français et critique de science, a replacé le contexte de la manipulation du vivant… Une notion m’a semblé essentielle dans son discours, qui justifie à elle seule le principe de précaution vis-à-vis des OGM. Le transfert de gènes horizontal que l’on réalise en produisant ces plantes hybrides est parfois qualifié de « naturel » par ceux qui défendent que la nature elle-même procède à ce type de transferts, sur un temps considérablement plus long certes, mais cela ne reviendrait donc qu’à accélérer le processus d‘amélioration du vivant. A cela, monsieur Testart répond que la nature elle-même fait parfois des erreurs, le virus du SIDA par exemple est à l’origine infectant pour les chimpanzés, c’est une mutation du virus qui l’a rendu transmissible aux êtres humains. La question est donc : l’Homme doit-il vraiment imiter les erreurs de la Nature ?

M. Testart a ensuite enchainé sur le problème de la diversification du vivant.
Il est d’ailleurs bien placé pour en parler, puisqu’il est le père scientifique du premier bébé éprouvette français né en 1982… Il nous expliqua que les plants d’OGM (il prit l’exemple du maïs) sont tous génétiquement semblables et clonés, pour reproduire la « perfection » du modèle. Ils ont donc tous la même « carte génétique », le même génome, le même ADN. Imaginez alors une maladie s’attaquant à une des plantes, c’est le champ tout entier qui serait dévasté sur des hectares et des hectares de plantations ! Étant toutes semblables, aucune des plantes n’aura d’immunité à cette maladie. On assiste alors à l’homogénéité d’une espèce, qui ne bénéficie plus de la richesse formidable de la biodiversité naturelle et de l’opportunité de développer par hasard une nouvelle particularité.

A ce moment de la conférence, un spectateur a soulevé une notion fort pertinente que j’aimerais développer: La nature a depuis des millions d’années fait évoluer les espèces, indépendamment ou en relation avec le climat et les risques liés aux catastrophes naturelles … Est-ce une bonne chose que l’homme contrôle le chemin que va prendre la Nature en bricolant les gènes des espèces entre elles (vous vous souvenez de l’histoire du riz avec des gènes humains pour combattre je ne sais plus quelle maladie) ? Que savons-nous à long terme des risques liés au réchauffement climatique ? Nous n’avons que des suppositions, basées sur des spéculations et des modélisations par ordinateur du climat… Force est de constater que nous les hommes, voyons les choses à court terme. Nous organisons nos sociétés au rythme des quinquennats présidentiels, sans arriver à instaurer de profondes réflexions et des changements pourtant nécessaires. Prenez l’exemple des agro carburants, il y a à peine 3 ans on les a mis sur le devant de la scène, les inscrivant dans les solutions à prévaloir pour la réalisation des objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, nous avons un retour de bâton en pleine figure (enfin, pas vraiment nous d’ailleurs !).
Quels risques avec les OGM ? Imaginons que l’on décide de créer une espèce de blé croisé avec un cactus qui n’a besoin que de très peu d’eau pour pousser. Imaginons maintenant que le réchauffement climatique ne se déroule pas exactement comme prévu (c’est tout à fait plausible car au-delà de 5 degrés supplémentaires, on a du mal à imaginer comment le climat va réagir) et que les pays aujourd’hui victimes de sécheresse croulent sous des trombes d’eau … On sera bien ennuyés d’avoir joué aux apprentis sorciers !

Le débat s’est ensuite poursuivi avec Mr Christian Velot, enseignant universitaire, scientifique et lanceur d’alerte qui a notamment participé au film de Marie-Monique Robin « Le monde selon Monsanto ». (un extrait ici) que je vous recommande.
M. Velot est un homme de conférence, qui anime le débat avec émotion et connaissance du sujet.
Qu’est-ce qu’un lanceur d’alerte au fait ? « L’expression lanceur d’alerte sert à désigner un simple citoyen, un professionnel ou un chercheur qui découvre des faits pouvant constituer un danger pour l’homme, pour la société ou l’environnement et qui décide de les porter à la connaissance d’instances officielles, d’associations ou de médias, parfois contre l’avis de sa hiérarchie. ».

Nous avons parlé de la gratuité insupportable du vivant pour certains rouages de notre économie libérale. Les industriels agricoles par exemple, qui brevètent le vivant, déposent des droits sur les semences et obligent les paysans à payer des royalties pour replanter le fruit de leurs récoltes. Ce débat nous renvoie directement à la question du prix des services rendus gratuitement par la nature, comme la pollinisation des abeilles, l’oxygène créé par les plantes … à ce propos un article passionnant sur Ecolo Info.

Que doit-on penser de la privatisation du vivant ?
Certaines industries s’accaparent les ressources ou les savoirs-faire de peuples anciens, déposent des brevets et génèrent du profit, rendant par la même occasion ces ressource ou techniques d’exploitations de la terre privées ! Cela s’appelle la bio piraterie et c’est un fléau dans les communautés autochtones amazoniennes.

Vous voyez le débat est vaste, la question est ouverte mais les solutions nous appartiennent aussi. Comme le souligne M. Velot, on s’aperçoit curieusement que plus l’opinion publique s’intéresse aux OGM et creuse un peu la question, plus les gens sont contre !

Pour continuer le débat, je vous invite à découvrir le 5 Novembre dans les salles obscures le film de Jean Paul Jaude, « Nos enfants nous accuseront ». Moi j’y vais ce soir ;)

Merci à Yoann pour les photos !

4 Réponses

  1. belinunda dit:

    28 octobre 2008à 18:34(#)

    Elle est chouette ton illustration… Très belle.

  2. Thierry Benquey dit:

    29 octobre 2008à 13:17(#)

    Bon article avec toujours cette note personnelle qui les rend si sympa à lire.
    D’abord un scientifique qui se nomme Testard c’est un canular ?
    Si ce Monsieur ne cachait pas une partie des informations, il serait peut etre interessant. Il a oublié de dire que ces clones parfait n’étaient pas viables car il apparait après quelques temps un petit problème de chimie dans la cellule qui les fait crever immanquablement.
    Quand à la privatisation du vivant, ce problème ne concerne pas que les amazoniens que tu évoques mais aussi nos paysans. En particulier nos éleveurs de porcs car Monsanto, toujours eux, tente de faire breveter un gène qu’il a seulement identifié, qui se trouve dans la quasi totalité des porcs bien de chez nous et s’il se trouve chez tes porcs, tu paieras donc des royalties à Ton Sang To (ou tard)
    Voilà
    Continue
    Amitié
    Thierry

    p.s. réponse à ton mail dans les prochaines heures

  3. Nathalie dit:

    29 octobre 2008à 13:53(#)

    Merci Belinunda, c’est une photo prise par mes soins dans le 77 près de chez Nicolas. Nous sommes partis en vadrouille dans les champs de blé … C’est si romantique :love

    Merci Thierry, je voulais bien sûr dire que la bio piraterie concerne -entre autres- les peuples d’amazonie. En france, c’est plus pernicieux. Je n’en ai pas parlé dans l’article, mais on nous a donné un sachet de graines de blé tendre non manipulé.

    “Ces graines appartiennent à une variété paysanne. L’agriculteur qui les a récoltées devient cependant un contrefacteur s’il les sème sans payer de royalties à l’industrie semencière. Selon le projet de loi voté par le sénat, la récolte peut alors être saisie. Il est interdit d’échanger, de donner ou de vendre ces semences. Celui qui les conserve peut être poursuivi pour recel.” C’est écrit sur le paquet.

    Les intervenants en ont donné des paquets à des élus et à des dizaines et des dizaines de personnes cette soirée là. Je trouve toute cette histoire scandaleuse.

    Nous avons un rôle à jouer auprès des paysans. Renseignons-nous , signons des pétitions, adhérons à des jardins partagés, des amaps, faisons les courses dans des biocoop ! Montrons aux indusctriels qu’on ne veut pas de leurs légumes dégueulasses bourrés de produits chimiques. Mangeons des légumes, apprenons à nos enfants à redécouvrir le goût des choses simples comme disait une publicité il y a quelques années …

  4. terreetmer dit:

    29 octobre 2008à 22:48(#)

    Salut Nathalie
    de passage, plus que rapide sur ton blog, je viens te demander une et même plusieurs signatures (part tes relations) pour nos amis mammifères, tu as deja peut être participer ?

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