Le « marchandage écologique » de l’Equateur
4 septembre 2008 | Publié dans Actualité, News | 2 Commentaires   | 391 vues pour cet article
L’information ne date pas d’hier, mais c’est un papier de Libération (merci aux lecteurs qui m’envoient les liens d’articles;-)) qui en reparlait en début de semaine : Savez-vous que l’Equateur est un pays qui assure un tiers de ses revenus grâce à l’exploitation du pétrole ?
L’or noir n’est pourtant pas la seule ressource de ce magnifique pays où les indiens essayent tant bien que mal de vivre en paix : le parc naturel de Yasuni est reconnu depuis 1989 comme «réserve de biosphère mondiale » au patrimoine de l’Unesco. Ce n’est cependant pas ça qui va empêcher les avides entreprises pétrolières de piller la jungle amazonienne comme ils le font depuis des années.Il y a quarante ans personne ne se posait la question des répercutions sur les populations locales des gisements ; personne ne s’intéressait non plus à la déforestation, la perturbation de l’écosystème ou la diminution de la biodiversité.
Depuis 2007, le gouvernement de l’Equateur se préoccupe de sa forêt et se pose des questions éthiques et écologiques sur l’exploitation d’un des gisements, en pleine forêt de Yasuni justement. Ils proposent au monde entier une sorte de pacte, ou plutôt de promesse. De savants calculs ont permis de chiffrer à environ 700 millions de dollars annuels l’exploitation de ces réserves de pétrole. Le gouvernement propose à la communauté internationale (par le biais des ONG) de leur verser 50% de cette somme, donc 350 millions de dollars par ans pendant 13 ans, pour ne pas exploiter le gisement et ainsi préserver la forêt.
L’Equateur patientera jusqu’au 31 Décembre 2008. Si à cette date, la somme demandée n’est pas réunie, ils commenceront l’exploitation de ces gisements. En 2007, ils annonçaient avoir déjà reçu plus de 14 propositions d’exploitants …
Qu’en pense la communauté internationale depuis 2007 ? Je ne sais pas si les gouvernements du G8 et des autres pays développés y réfléchissent sérieusement, en tout cas je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque mobilisation de fonds à ce sujet depuis 2007.
Il semblerait qu’un des freins à la bonne marche de ce projet soient la moyenne confiance attribuée au gouvernement.
L’équateur est un pays extrêmement pauvre, endetté jusqu’au cou (c’est le pays d’Amérique du Sud qui consacre la part la plus importante de son budget au remboursement de la dette), coincé dans un climat de corruption et d’instabilité sociale et politique. Cette situation ne fait pas pencher positivement la balance et la communauté internationale craint par exemple qu’une fois le prix du baril envolé, le pays décide d’annuler sa promesse et d’exploiter ses réserves.
Les yeux et l’attention se tournent depuis quelques mois vers le pôle Nord. Ce n’est pas le Père Noël qui aiguise la convoitise mais une fois encore des nouveaux gisements de pétrole, prochainement accessibles avec la fonte des glaces.
Pendant que les Inuits se désolent de la fonte de leurs igloos, le Canada, les Etats-Unis, La Russie, le Danemark et la Norvège commencent une « guerre froide », malheureusement sans mauvais jeu de mot, pour savoir qui exploitera le premier l’or noir du pôle. C’est à grand renfort de brise-glaces, de bombardiers, de soi-disant expéditions scientifiques que ces pays tentent de prouver que l’arctique est bien une prolongation de leurs plateau continental, ce qui les autorise, selon la convention de l’ONU, d’exploiter les ressources naturelles à plus de 200 miles de leurs côtes. Une vraie bataille de chiffonniers qui, en plus d’être strictement affligeante, aura des conséquences irréversibles sur le climat.
Je vous explique :
Le climat se réchauffe à cause des gaz à effet de serre, la glace fond et libère par la même occasion d’autres gaz qu’elle emprisonnait depuis des millénaires. A cause de cette fonte, la surface de réflexion des rayons du soleil diminue et la terre mise à nue emmagasine au contraire la chaleur, il fait donc encore plus chaud, ce qui accélère encore la fonte des glaces qui restent ! Dans le même temps, les gisements de pétrole sont exploités, on émet encore plus de gaz à effet de serre et c’est un cercle vicieux qui s’engage … Belle perspective d’avenir !








4 septembre 2008à 15:57(#)
Mais mon Dieu que fait-on… Je trouve l’initiative du gouvernement de l’Equateur très positive, surtout à cette échelle de décision. Après, s’il n’est pas considéré comme étant “de confiance”… La question que je pose, c’est qui a dit qu’il n’était pas “de confiance”? le FMI, qui l’écrase de sa dette? Ou les investisseurs qui doivent profiter de la situation également?
Sans pour autant dire que ce gouvernement est sans tâche, et même si l’initiative est peut-être plus économique qu’écologique (c’est fou que 2 mot si proches portent parfois des idées si opposées), je trouve qu’on devrait donner suite, ne serait-ce que pour l’exemple.
5 septembre 2008à 12:04(#)
Concernant les glaces de l’Arctique, sauf erreur de ma part, elles sont sur l’eau et non de la terre. Cela pose aussi le problème lié à la diminution de la réflexion des rayons du soleil, mais peut être moins que pour les surfaces de glace ou de neige situées au Groenland.
Autre effet pervers, la fonte du permafrost qui libère également du gaz à effet de serre via la décomposition des végétaux qui dégèlent.
Et il y a pas mal d’autres exemples de “positive feedback” de ce type.