Parlons des toilettes

19 novembre 2008  |  Publié dans Conso Durable, Environnement  |  8 Commentaires   | 845 vues pour cet article

Oui, parlons-en, car aujourd’hui, c’est la troisième « Journée Mondiale des toilettes ». Quel bonheur incommensurable de se rendre aux latrines lorsque l’envie pressante vous empêche de réfléchir. Quel geste commun, si simple et si évident pour nous, privilégiés que nous sommes. Est-ce un acquis, un du ? En France, oui, d’ailleurs, qui ne s’est jamais insurgé de ne pas trouvé de toilettes dans un petit pub ou au café du coin ?

Insurgez-vous, car à l’échelle mondiale, c’est 40% de la population qui ne bénéficie pas d’un endroit descend et isolé pour faire ses besoins dans l’intimité que requiert ce moment. 2,6 milliards d’individus qui sont chaque jour, et plusieurs fois par jours  livrés à l’interminable file d’attente pour une pièce puante et dégueulasse. Au-delà de l’indignité flagrante de cette situation, c’est une question de santé publique mondiale. L’OMS estime que le manque d’installations sanitaires cause la mort de 1,8 millions de personnes par an et 5000 enfants meurent chaque jour de maladies diarrhéiques.

Faire caca, ce n’est pas toujours le sujet de conversation préféré des grandes figures politiques, même si, rappelons le pour l’anecdote, quand vous demandez à quelqu’un « Comment vas-tu ? », c’est sous entendu «  Comment vas-tu à la selle » ? Expression employée il y a bien longtemps en France, au temps où la qualité des selles et des urines étaient un indicateur important de l’état de santé.
Si faire pipi sur les cyprès après une soirée bien arrosée est un moment jouissif pour vous les hommes, pour nous les femmes, un minimum d’intimité est requis. L’Unicef a indiqué que le manque d’installations sanitaires appropriées était une des premières raison de l’illettrisme des femmes dans les pays les moins développées, celles-ci étant contraintes à quitter l’école dès leurs premières règles. L’embarras oblige parfois les femmes à attendre le soir pour aller faire leurs besoins, elles s’isolent dans la nature et sont en proie aux viols et harcèlements sexuels.

Les matières fécales humaines ont beau être naturelles, ce n’est pas pour autant qu’elles ne font pas de dégâts environnementaux. Nos selles contiennent des bactéries dangereuses, des parasites et véhiculent des maladies. Ces déchets s’infiltrent dans les cours d’eau, contaminent les nappes phréatiques, les rivières les sols, polluent l’eau si précieuse consommée par les habitants et les animaux. C’est un cercle vicieux que l’on se doit de stopper. La communauté internationale s’est engagée en 2000 à réduire d’ici 2015 par deux, le nombre de personnes n’ayant pas accès à des sanitaires, mais la question reste encore « tabou » car « ce n’est pas poli » de parler ce sujet embarrassant.

Avoir des toilettes chez soi, c’est un luxe,
au regard de tout ceux qui n’en ont pas, pensons-y réellement la prochaine fois que l’on s’y rend. Parlez-en très sérieusement autour de vous, brisez le tabou du pipi-caca et faite surgir l’urgence de la situation pour aider les ONG à débrider les consciences trop gênées pour agir.

Les toilettes sèches, une solution ?

Devons-nous exporter « notre » modèle de latrines ? En France et dans les pays développés, nous bénéficions d’un complexe système de plomberie permettant l’évacuation des eaux souillées loin de nous, pour notre santé mais aussi pour retraiter ces eaux. L’ONU estime que 38 milliards de dollars seraient nécessaires pour respecter les engagements du début du millénaires, mais devons-nous vraiment équiper l’Afrique et l’Asie du sud ( les plus touchées) de toilettes double chasse avec tout un système d’évacuation et de retraitement des eaux usées ? Dans des pays ou l’eau est une denrée si précieuse, doit-on en utiliser des litres pour nettoyer les crottes ? Petits chiffres clefs : une vieille chasse d’eau utilise jusqu’à 15 litres d’eau POTABLE pour chaque tirage, les nouvelles chasses double flux permettent de limiter le débit à 6 litres pour le pipi et 10/12litres pour le caca.

Je ne suis pas une spécialiste sanitaire et je m’avance peut-être, mais les toilettes sèches ne seraient-elles pas plus judicieuses, rapides à mettre en place et économiques ? De toute façon qui paiera l’entretien d’un système d’assainissement ? Avec les toilettes sèches, ce n’est plus la peine de se poser la question.

Si en France, nous sommes encore réticent à recouvrir nos excréments de copeaux de bois pour ensuite les utiliser comme compost, l’idée d’une latrine sans eau est plus que séduisante pour les pays du sud.
Les avantages d’un tel système sont multiples :
- Les toilettes sèches sont faciles à mettre en place et on peut même envisager de les construire sur place, pas besoin d’importer de coûteux systèmes et de rendre les populations locales dépendantes d’un dépanneur ou d’un service après vente pour la mécanique.
- Les toilettes sèches sont plus écologiques et limiteraient les problèmes de contamination des sols.
Un compost de qualité serait généré, qui permettrait peut-être aux agriculteurs d’accroitre leur rendement de cultures vivrières ?
- Les toilettes sèches (contrairement à ce que l’on pense) ne sentent pas mauvais, ce qui n’est pas le cas des toilettes normales, malodorantes et nécessitant un entretien rigoureux.
- Les toilettes sèches sont pédagogiques, elles incitent facilement à la propreté et permettent de comprendre que chaque chose produite peut-être traitée de façon respectueuse pour l’environnement et pour les hommes.

Les pays les plus pauvres n’ont pas toujours intérêt à bénéficier des technologies dont nous jouissons dans nos villes et maisons modernes. Nous vivons dans un monde complexe, loin de la nature et les toilettes en sont un bon exemple ! On fait tout pour ne plus voir nos excréments, faire disparaitre sous un trais d’eau pur les souillures et l’on aseptise nos latrines à grand coup de javel et de « sent bon ». N’est-ce pas paradoxal, alors que certains n’ont même pas de quoi s’assoir pour déféquer ?

Pour conclure, un bon exemple de toilette sèche « développement durable » ou plutôt « déféquement durable », puisqu’avec l’Arborloo, on creuse un grand trou, on pose de rudimentaires latrines au dessus, on fait son œuvre et 6 mois plus tard on plante un bananier dans le trou qui bénéficie d’un compost naturel de la première qualité !

8 Réponses

  1. Olivier dit:

    20 novembre 2008à 11:13(#)

    Hyper bien tourné cet article pour un sujet des plus délicats à aborder ; et en plus trés instructif !
    Bravo Nat.

  2. Matyas dit:

    20 novembre 2008à 12:44(#)

    OUi bravo, très bien écris…pour moi les toilettes sèches c’est LA solution, surtout que de multiples variantes existes aujourd’hui qui ne nous font pas perdre notre très cher confort…c’est dans la tête tout ça d’où l’importance de communiquer dessus. Merci !

    J’aime le très bon site de Joseph Országh : http://www.eautarcie.com/Eautarcie/5.Toilettes_seches/A.Utiliser_une_toilette_seche.htm

  3. Agnès dit:

    20 novembre 2008à 13:36(#)

    Je me suis permise de faire un lien chez moi pour encourager mes lecteurs à venir lire cet article plus qu’intelligent.

  4. Thierry Benquey dit:

    20 novembre 2008à 13:49(#)

    Les toilettes sèches sont la meilleure des solutions d’autant plus qu’il existe des systèmes qui peuvent très bien s’intégrer dans un appartement ou une maison individuelle. (En ville se pose évidemment le problème du ramassage des déchets compostables). L’idéal étant de privilégier un système séparant les liquides des solides, la combinaison des deux étant le problème majeur. Le tout à l’égout est une solution propre mais à court terme car on ne sait pas quoi faire des boues qui en résulte. Le seul véritable problème des toilettes sèches provient de l’utilisation massive des antibiotiques. Ceux ci se retrouvent donc sur le compost et les bactéries qui s’y trouvent également ont ainsi le temps nécessaire au développement de résistance. Une alternative mais que je ne pourrais déclarer 100% efficace, la crémation des excréments pendant un traitement aux anti-bio.
    Avec un sujet pareil on est pas dans la m…
    Amitié
    Thierry

  5. joy dit:

    20 novembre 2008à 16:01(#)

    ” N’est-ce pas paradoxal, alors que certains n’ont même pas de quoi s’assoir pour déféquer ? ”

    Ce n’est pas le sujet mais savez-vous que la toilette basse au dessus de laquelle on doit s’accroupir (et non le siège où on s’assied) est bien plus saine ?

    Premièrement : pas de nettoyage du “pot” et aussi, et surtout : travail des muscles fessiers et abdominaux pour parvenir à déféquer dans cette position (pour nous une horreur, pour les peuples “primitifs” une chose normale) ; on rigole mais cet “excercice” facilite grandement la mise au monde ultérieure des enfants par les femmes, en position accroupie et en ayant bcp moins de soucis post-grossesse (comme l’incontinence…)

    Hé oui, à trop s’asseoir, on va bientôt ne plus pouvoir tenir debout !

    ;-)

  6. Nathalie dit:

    20 novembre 2008à 16:07(#)

    @ Olivier : Merci ;-)

    @ Matyas : J’y penserai quand j’aurais mon chez moi, il faut que l’on se renseigne, existe-t-il des modèles pour appart ?

    @Agnès : Merci beaucoup !

    @Thierry : C’est à se demander pourquoi dès le début on n’a pas pensé à utiliser des toilettes sèches … c’est comme beaucoup de choses d’ailleurs, parfois les chemins qu’ont pris les hommes sont si compliqués …

    @Joy : Merci pour cette précision pas du tout hors de contexte. Quand j’étais petite, ma mère me disait toujours de ne pas prendre de livre pour aller au toilettes, pour ne pas y passer trop de temps et prendre l’habitude de faire ces choses là rapidement. Elle avait raison, est-ce sain d’ailleurs ? Je demanderai au médecin la prochaine fois.

  7. joy dit:

    20 novembre 2008à 20:55(#)

    j’ai lu ça dans le livre “l’accouchement accroupi indien”
    ici : http://users.swing.be/carrefour.naissance/biblio/AccIndien1.htm

    qui est très très intéressant. L’auteur, un médecin s’interrogeait sur le pourquoi des différences de pathologies post-accouchement entre les brésiliennes “occidentalisées” pourtant entourées de soins médicaux et gynécologique modernes, et les femmes indiennes accouchant toutes seules dans la “brousse” …

    il a remarqué que 2 choses ont cet effet moins destructeur sur la région pelvienne des accouchées : le fait d’accoucher accroupi ou à genoux, plus facile et plus respectueux de la naissance, et la position accroupie permanente chez ces femmes depuis toujours : s’assoier est rare chez elles, elles s’accroupie sur le sol et se relève des milliers de fois sur la journée, et font leur besoin accroupie.

    En résultent une bonne musculature des cuisses des fesses, de l’abdomen et de la région pelvienne et beaucoup moins de problèmes après l’accouchement, même de 15 enfants !!

    L’auteur conseillait donc de revenir aux toilettes turques, mais c’est plutôt pas facile dans notre mode occidental d’accepter cela ;-)

    bonne soirée à toi et merci de tes articles !

  8. Olivier dit:

    24 novembre 2008à 23:36(#)

    Cet article est remarquable! je rajouterai juste que chez nous (les pays du Nord) quand on tire une chasse d’eau c’est entre 6 et 9 litres d’eau POTABLE qui sont utilisées : lamentable !!!

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