Le bio et la pauvreté

15 octobre 2008  |  Publié dans Me to You, Réflexions  |  4 Commentaires   | 333 vues pour cet article

Dans le cadre de la journée du Blog Action Day, tous les bloggeurs ayant adhérés vont écrire aujourd’hui un article sur le thème de la pauvreté. Vous avez un blog ? Participez vous aussi !

On entend souvent que vouloir manger du bio, du bon du frais, c’est du snobisme pour les bobos et que ce n’est pas avec des mentalités pareilles qu’on va diminuer la faim dans le monde. Comment ça ??? !!

C’est vrai que le bio, c’est un peu plus cher, mais comme nous en avons déjà parlé et comme je m’évertue à le dire à mon entourage, tous comptes faits, c’est moins cher car on préserve sa santé, sa forme et on diminue les risques de cancers liés à l’ingestion systématique de pesticides et de produits chimiques. De plus, manger bio ça veut dire s’intéresser un minimum à ce qui trône dans notre assiette. On va donc probablement manger plus, beaucoup plus de légumes et de fruits, de produits naturels (des légumineux, du tofu, des croquettes de céréales), probablement diminuer sa consommation de viande (surtout les barquettes promos à 10 euros les 15 steaks, non ne me dites pas que vous en mangez encore ?) et pourquoi pas s’orienter doucement vers une attitude responsable et opter quand c’est possible pour les produits du commerce équitable.
Un exemple ? Chez nous, on est deux petits gourmets qui remplissent bien les assiettes le soir (je sais c’est pas bien, mais j’ai faim !), on mange végétarien au domicile conjugal et chacun pour soi à la cantine le midi. Résultat, chaque semaine nous en avons en moyenne pour 50/60euros maximum de courses (7 petits dej et 9 repas + produits auxiliaires ménagers et d’hygiène). Franchement, c’est peu non ??
Tout ce paragraphe pour vous (re)dire que le bio est aussi accessible aux petites bourses qui prennent le temps de cuisiner.

Si manger bio c’est du snobisme malsain vis-à-vis des populations pauvres qui souffrent de la faim, je serais curieuse de savoir en quoi manger des produits industriels, manufacturés, issus des monocultures intensives c’est respecter mon prochain ?
Vous n’êtes pas sans savoir que les pays exportateurs de nos denrées alimentaires sont parfois très pauvres et produisent au détriment de cultures nourricières qui leur seraient plus utiles que les minables centimes reçus pour des dizaines d’heures de travail aux champs dans des conditions inhumaines. Et oui, pour avoir des produits à bas prix qui viennent de l’autre bout du monde, il faut payer les exploitants une misère ! Imaginez donc, le travail de la terre, la récolte, le conditionnement, le transport, la redistribution … C’est du temps, de l’effort et du rendement.

Le rendement justement parlons-en.
Je vous conseille l’excellent documentaire allemand « Le bio au banc d’essai », disponible ici pour visionnage.
Vous y apprendrez entre autre que le rendement du bio n’est inférieur que de 20% à celui des cultures « classiques » (d’ailleurs, pourquoi dit-on classique pour les cultures à engrais et pesticides ? Le classique ne serait-ce pas la méthode naturelle, qui respecte la terre et ceux qui la travaillent ? ).

En termes de rendement également, connaissez-vous l’histoire du coton transgénique en Inde ? Des dizaines de milliers d’agriculteurs se sont donnés la mort, depuis l’introduction d’une variété OGM de coton, plébiscitée par le gouvernement (lobby ?) et sensée rendre la vie plus facile aux agriculteurs.
Ceux-ci ont acheté les semences, qui promettaient de bannir l’usage des pesticides, seulement le coton (tout le coton) a développé une maladie et les parasites sont revenus pourrir les récoltes. Les paysans se sont endettés pour acheter des pesticides, des fertilisant, pour irriguer plus, mais ces efforts n’ont pas suffi et beaucoup d’entre eux n’ont pu faire face à la situation… D’autres sont revenus aux cultures traditionnelles, mais ont perdu beaucoup d’argent et sont criblées de dettes.
Une vidéo ici

Cet exemple nous montre que les OGM qu’on soit pour ou contre (ai-je besoin ici de donner mon opinion :) ) ne sont pas une solution adaptée aux pays pauvres qui n’ont pas les moyens techniques de les cultiver et se tourne à nouveau vers les méthodes ancestrales, bien plus efficaces. A ce propos, connaissez-vous l’agroécologie ? Un principe défendu par Pierre Rabhi. Pour en savoir plus, une vidéo ici http://www.dailymotion.com/video/x2v2mk_pierre-rabhi_politics

Si vous êtes intéressés par ce sujet, je vous invite à venir avec moi à l’Université de la Terre dimanche prochain, pour assister à un débat : Nourrir les hommes : Vaincre la faim. Vous y verrez notamment un auteur que j’apprécie énormément, Jean Christophe Ruffin. Inscriptions ici

4 Réponses

  1. Thierry Benquey dit:

    15 octobre 2008à 14:43(#)

    Sans compter que les pesticides adaptés aux OGM de la marque Machin ne sont pas produits par la marque Truc…

    Pour le plus de l’agriculture Bio, je me répète, c’est que ces produits n’iront pas envahir les marchés en Afrique, Amérique du sud, Asie et que de facto, il redeviendra rentable d’etre un paysan dans ces pays plutot que de venir grossir le lot des chomeurs citadins* et d’attendre la manne nourricière venant de par ici.

    * sans meme évoquer la tentation de finir sa vie en boat-people sur les cotes de la forteresse Europe

    Amitié
    Thierry

  2. Agnès dit:

    16 octobre 2008à 10:55(#)

    Je suis de moins en moins convaincue que manger bio coûte si cher !
    Quand je vois les caddies dans les supermarchés remplis de plats préparés, ça, ça coûte vraiment cher (et pas qu’en argent) !

    Cela fait des années maintenant que nous sommes passés au bio chez nous (à 98% je dirais) et notre budget alimentation n’a pas explosé pour autant. Loin s’en faut.
    Comme dans ce même temps, nous avons eu un enfant, il m’est difficile de comparer avec “avant”.

    Ce qui est sûr, c’est que je cuisine toujours des aliments frais (ou que j’ai congelés) et que nous ne mangeons jamais de plats déjà prêts.
    Nous avons aussi considérablement diminué notre consommation de viande et revu assez radicalement la composition de nos menus (plus grande place a été notamment accordée aux légumineuses, aux céréales et aux féculents).
    Et puis nous avons mis en place dans notre petite ville un système de distribution de produits bio directement en lien avec des producteurs locaux, ce qui évite le coût de l’intermédiaire d’une grande/moyenne/petite surface.

    Voilà pour notre expérience…

    Et ton doigt, il va mieux ??

  3. Nathalie dit:

    16 octobre 2008à 11:09(#)

    Merci Thierry et Agnès !
    Oui, mon doigt va mieux , merci ! Il est tout coupé et pas très joli mais c’est les risques du métier de cuisinière. J’assume ;-)
    Nous aussi nous avons diminué la facture grâce à la révision de nos méthodes alimentaires et nous sommes en pleine forme ( ok moi j’ai le dos en compote de pomme, mais ça c’est mécanique). Espérons que le message passe, car même les jeunes se mettent à la cuisine maintenant ! Un plat de pâte aux champignons de paris et sauce soja épaisse avec une pointe de vinaigre balsamique, c’est moins cher qu’un Mc do ;)et c’est siiiiiiiiii bon

  4. belinunda dit:

    19 octobre 2008à 17:23(#)

    Pour les personnes en difficulté, je me dis quand même que la bio reste peu accessible.
    Le prix de certains produits même de base est parfois si peu accessible.
    Si la bio était généralisée, peut-être que cela permettrait de diminuer le coût des produits bio ou écologiques.

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